Poéme du Baron De ROGEMONT
Baiser volé...
Hier, je pinçais de la guitare,
Mon cousin admirait ma main,
Pour la baiser, il s'en empare,
Moi, je la retire soudain.
En fille sage, et bien apprise,
J'ai toujours cet avis présent,
Qu'il faut de peur d'une surprise,
Savoir se retirer avant.
Mon cousin fit un peu la moue
Puis, en se levant brusquement,
Il m'appliqua sur chaque joue
Deux baisers un peu lestement.
Je fis semblant d'être sévère,
Et sachant à propos rougir,
Je lui montrai de la colère
Afin de cacher mon plaisir.
On eût dit, à mon air farouche,
Que rien ne pouvait m'apaiser,
Lorsqu'Armand me ferme la bouche
En la couvrant d'un long baiser.
C'est bien à tort que l'on répète
Que notre sexe aime à jaser ;
Je resterai cent ans muette
Au prix d'un semblable baiser.
En jouant, mon fichu s'envole,
Et mon cousin, fort peu décent,
Reste tout debout et se colle,
Sur deux jumeaux qui n'ont qu'un an.
De mon corps, une douce flamme
Embrassa le plus petit coin ;
Je n'aurais pas cru, sur mon âme,
Qu'un baiser pût aller si loin.
Le soir, vêtue à la légère,
Et quoiqu'il fit un peu de vent,
Je m'endormis sur la fougère;
J'y suis surprise par Armand.
Hélas ! dans ce lieu solitaire,
Le fripon, en déterminé,
Me donne un baiser où mon père
Ne m'en avait jamais donné.
Pour échapper au téméraire,
Le lendemain dans le vallon,
Je dormis les yeux contre terre
Et les deux mains dessus mon front.
Je ris en le voyant paraître
Et je crus son espoir déçu...,
Il s'approche, il me prend, le traître !...
Par bonheur, je n'en ai rien vu.